AIRBNB du bateau, nous l’avons tenté pour vous !

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInEmail this to someone

A l’heure de l’économie de partage, l’Airbnb du bateau est le dernier arrivé dans ce segment très en vogue. Il y avait le partage d’appartements, le covoiturage… il faudra désormais aussi compter avec le partage de bateaux. En France, quelques « start-up » se sont lancées dans cette aventure en partant du principe que de très nombreux bateaux restent à quai la majeure partie de l’année. Cette nouvelle plateforme permet aux propriétaires de financer une partie des frais d’entretien et d’amarrage. Il suffit pour cela d’enregistrer une annonce la plus complète possible sur l’un des nombreux sites internet, de fixer un prix de location et de définir les critères de sélection pour trouver un amateur qui cherche à louer un bateau dans une zone particulière.

Pour vérifier et tester cette nouvelle filière, Yachting Sud a décidé de se lancer dans l’aventure en cherchant à louer un catamaran de 40 à 45 pieds du 26 décembre 2016 au 4 janvier 2017, en plein durant les vacances de Noël, avec les Antilles comme destination… Un sacré défi, sachant qu’il s’agit d’une destination très recherchée à cette saison de l’année et que la majorité des sociétés de location affichent complet depuis quelques semaines. Nous lançons nos recherches sur les sites Click&Boat, SailSharing, SamBoat et GetmyBoat dès le début du mois de novembre 2016. Nous y sélectionnons quelques catamarans qui correspondent à nos attentes et envoyons, via ces sites, des messages précis aux différents propriétaires. A notre grand étonnement, nous ne recevons aucune réponse immédiate. Quelques semaines plus tard, nous recevons enfin une première réponse de la part du propriétaire d’un Catamaran de type Catana 42 S via le site « Click&Boat ». Grace à la messagerie du site, nous correspondons de façon efficace avec le propriétaire qui nous propose la mise en location de son catamaran de 42 pieds pour la période recherchée. Tous les sites Airbnb sont protégés de façon à éviter que les propriétaires et candidats à la location ne puissent entrer en contact direct, le deal étant que le site en question soit commissionné d’une somme de 15 % de la valeur de la location et que la transaction financière soit sécurisée par leurs soins. Le propriétaire arrive cependant à nous envoyer un lien qui nous redirige vers son site internet propre avec photos et inventaire complet du catamaran, sans oublier toutes ses coordonnées personnelles, téléphone et adresse e-mail… Très vite, nous reprenons contact avec lui et fixons un rendez vous par Skype pour discuter des dernières formalités. Ce rendez-vous nous rassure sur l’existence réelle du bateau et sur la fiabilité du propriétaire. Le prix de location est fixé à 2500 euros pour les dix jours, avec une caution de 1500 euros à payer le jour de l’embarquement. Le propriétaire nous envoie un contrat de location que nous signons et renvoyons avec les exigences suivantes : nous sommes d’accord de payer par versement 50 % du prix de la location, la seconde partie devant être réglée le jour de la prise en main du bateau. Nous lui demandons également que le bateau nous soit livré au port de plaisance du Marin en Martinique, prêt à naviguer, avec le plein d’eau et de gasoil. Nous étions partis dans l’idée de louer un bateau par Airbnb et nous nous retrouvons sans vraiment le vouloir dans une location en direct avec un propriétaire de bateau…

Nous sommes trois familles à vouloir embarquer pour cette belle croisière, soit neuf personnes en tout avec les enfants, ce qui devrait convenir à bord d’un catamaran de 42 pieds composé de 4 cabines doubles et de deux salles d’eau. Reste à réserver les tickets d’avion. Après une rapide analyse du marché, « Corsair » est la compagnie qui propose les meilleurs prix à cette saison de l’année : comptez 800 euros par personne pour un aller-retour Roissy-Martinique.

 

Le jour du départ approche et malgré les e-mails de confirmation du propriétaire, nous restons prudents et un peu inquiets : le bateau existe-t-il réellement, sera-t-il en ordre de naviguer, sera-t-il prêt… et si c’était une arnaque ? Soit toute une série de questions légitimes que nous n’aurions jamais dû nous poser si nous avions loué un bateau dans une société de charter officielle. Le budget engagé avant de quitter notre Belgique natale est de 1.250 euros (50 % de la location du bateau) et de 9 x 800 euros (tickets d’avion) soit un total de 8.450 Euros. Vu le nombre de participants au voyage, il est plus intéressant de rallier Roissy en deux voitures et de les garer dans les nombreux parkings hors de la zone de l’aéroport. Comptez encore une centaine d’euros par véhicule avant la navette gratuite jusqu’au terminal de départ.

 

Nous sommes le 25 décembre, le jour de Noël, et c’est champagne à bord de notre vol Corsair qui nous emmène vers une nouvelle aventure encore un peu incertaine malgré tout. Dix heures plus tard, notre Airbus entame sa descente sur la Martinique dans l’obscurité typique d’une belle nuit tropicale. Il ne nous reste plus qu’à prendre un taxi pour nous rendre à la marina du Marin où nous avons rendez-vous avec le skipper du bateau, qui n’est pas le propriétaire avec qui nous avons négocié la location.

 

Le Catana 42 S est bien là. Trois personnes sont à bord, après avoir passé toute la journée à le bichonner. Il fait trop sombre pour tout vérifier mais à première vue le bateau semble conforme à notre demande et aux promesses du propriétaire. Nous reverrons une dernière fois le skipper le lendemain matin pour la prise en main du bateau et nous lui remettons en cash la seconde partie du montant à régler pour la location ainsi que le chèque de caution. Tout est en ordre et nous larguons les amarres pour nous ancrer dans la baie en face de la marina afin de procéder à l’avitaillement pour nos dix jours de croisière. C’est une bonne astuce à retenir, car au Marin, une grande surface de renom dispose d’un quai de débarquement qui vous permet d’embarquer vos achats. En à peine deux heures et quelques va-et-vient en annexe, nous sommes déjà prêts à hisser les voiles. L’objectif de cette croisière est de passer la nouvelle année aux Tobago Cays dans les Grenadines, situées à peine 150 milles au sud du Marin. Il faut cependant tenir compte de plusieurs éléments dans cette zone de navigation : le vent est majoritairement de secteur Nord-Nord-Est, il peut être fort soutenu avec des rafales à 40-50 nœuds dans les grains, la mer peut être agitée à très agitée entre les îles, le vent se renforce lors du passage à la pointe des îles, et à 18 heures il fait déjà nuit. Sans oublier que si le vent de secteur Nord-Nord-Est nous assure un long bord de portant pour descendre dans le sud, par contre pour le retour en Martinique, ce seront des allures de près, peu conseillées en catamaran. Nous sommes un équipage aguerri, mais avec de jeunes enfants, nous décidons d’éviter de naviguer de nuit. 

L’ensemble cette croisière se passera très bien et cet article n’a pas pour but d’en faire la description. En bref donc : pour l’aller, nous ferons escale à Marigot Bay, aux deux Pitons, à Bequia et nous passerons la nouvelle année comme prévu sur les plages de sable blanc des Tobago Cays en nous régalant de langoustes pêchées et préparées au barbecue par des locaux. Le retour, quant à lui, sera plus agité et au près, avec grand-voile haute et moteur, seul moyen de faire du cap avec un catamaran de ce type. Nous ferons escale à Wallibou, très beau mouillage sur l’île de Saint-Vincent, à la Soufrière sur l’île de Sainte-Lucie où une balade dans la montagne s’imposera et enfin à Rodney Bay au nord de Sainte-Lucie, où il est possible de faire le plein de gasoil à un prix détaxé. Le dernier bord se fera entre Rodney Bay et Saint Pierre, petite ville nichée au pied du fameux Mount Pelée responsable d’une terrible éruption volcanique en 1902, qui raya la capitale Saint Pierre de la carte et coûta la vie à plus de 30.000 personnes. Saint Pierre est situé au nord de la Martinique et nous permettra de mettre de l’ouest dans notre route afin de terminer cette belle croisière toutes voiles dehors.

 

Avec du recul, je ne recommanderai pas ce type de location à des personnes à la recherche d’une croisière sans soucis. Il faut s’attendre à devoir bricoler comme si c’était votre propre bateau. Sur ce Catana 42 S de 1996, nous avons dû, lors de cette croisière, changer les deux filtres à gasoil et recoudre une belle déchirure dans la grand-voile. Nous avons eu aussi des soucis de guindeau, de batterie de service et parfois eu beaucoup de mal, au pire des moments bien évidemment, à faire démarrer les moteurs. Sachez encore que vous ne pouvez pas compter sur un service de dépannage en cas de pépin ni sur une assurance qui vous permette le rachat de la caution déposée au départ. Les avantages d’une telle location sont bien entendu le prix, qui est de 35 à 50 % moins élevé que celui d’une société de location traditionnelle, et le fait de se trouver à bord d’un bateau personnalisé par son propriétaire, généralement plus confortable et convivial qu’un bateau de location classique. A vous de décider, mais une belle aventure quelque soit votre choix !