Huit cent miles à bord de Banzaï vainqueur de l’ARC 2020

Huit cents milles à bord de Banzaï, TS 42 fraîchement sorti du chantier Marsaudon-Composites

Inscrit à l’Atlantic Rally for Cruisers (ARC), le TS 42 skippé par notre compatriote Vincent Willemart devait impérativement être à Las Palmas de Gran Canaria deux semaines avant le  départ, prévu le 22 novembre 2020, de la traversée de l’Atlantique jusqu’à St Lucie dans les Caraïbes. Le bateau avait déjà été convoyé de Lorient à Lisbonne. Il restait donc une belle  étape de plus de 800 milles à réaliser jusqu’à Las Palmas de Gran Canaria. Il n’y avait plus qu’à attendre une belle fenêtre météo pour boucler son sac et monter à bord de Banzaï.

Photos : Pascal Habousha & Marsaudon-Composites

C’est une météo correcte qui nous attend, avec un vent léger de secteur Nord-Nord-Est pour nous dégager des côtes portugaises, forcissant ensuite à plus de 20 nœuds sur une mer peu agitée. Au large de Gibraltar, c’est une grosse bulle sans vent que nous rencontrons, mais Éole reviendra assez rapidement du secteur Nord en forcissant même à plus de 25 nœuds. Les routages nous annoncent 4 à 5 jours de navigation avec une volée d’empannages prévus sur les 300 derniers milles au large des côtes du Maroc afin d’éviter le plein vent arrière. Bref, mise à part cette pétole annoncée, le vent sera toujours orienté entre 140 et 160 degrés, ce qui est idéal pour un catamaran comme Banzaï, car c’est sous cet angle de vent qu’un TS 42 peut exprimer tout son potentiel.

Vincent Willemart, skipper expérimenté,  est un homme qui aime la vitesse et les choses bien faites. Il n’a donc pas hésité à équiper son TS 42 pour qu’il soit performant. Carbone à tous les étages, mât en carbone pivotant et voiles North Sails 3DI. Il a fait également appel aux meilleurs du secteur pour le conseiller dans l’élaboration du plan de pont et le choix des voiles et de l’accastillage. Rien n’est laissé au hasard à bord de Banzaï. Une fois bien au large de Lisbonne avec le vent annoncé, on se rend vite compte du potentiel exceptionnel de ce catamaran, bien calé dans le siège de barre avec une vue parfaite sur l’avant du bateau et sur les voiles. Sous grand-voile haute et grand spi, le bateau atteint des pointes à plus de 22 nœuds en affichant des moyennes à 18 nœuds. Dès qu’il ralentit, on s’amuse à lofer un peu, pour abattre ensuite dès que le spi est à nouveau bien gonflé. A ce petit jeu qui demande une grande concentration et un excellent toucher de barre, les 20 nœuds de moyenne sont tenus. Malgré la vitesse, le bateau reste parfaitement confortable et ne mouille absolument pas. Peu habitué à naviguer à des vitesses pareilles, je découvre des choses étonnantes :  le bruit des coques qui volent sur l’eau, le sillage que le bateau laisse derrière lui, prouvant qu’il avale les milles, et, plus gênants, les petits chocs très secs qui peuvent nous déstabiliser dangereusement lors de nos déplacements à l’intérieur.

Je laisse maintenant Vincent répondre à mes questions :

Peux-tu nous donner quelques détails sur ton CV nautique ?

J’ai débuté par le dériveur – le Vaurien – grâce à mon père quand j’avais 6 ans. Mon père s’est ensuite mis en tête d’acheter un Dragon, à bord duquel j’ai été équipier jusqu’à mes 23 ans. Ensuite, bizarrement, j’ai totalement arrêté la voile. Je n’étais plus intéressé, jusqu’au jour où un copain m’appelle pour me demander de convoyer avec lui un Pogo 8,50 m. de Breskens à Nieuport. Le virus m’a repris immédiatement. J’ai racheté 50 % des parts de ce bateau, devenant copropriétaire de ce Pogo, qui s’appelait La Fraise. Très vite, je me suis rendu compte que faire des ronds dans l’eau devant Nieuport n’était pas ma vocation. Mon but était de faire de la régate. Le Pogo 8,50 m. était un excellent bateau de portant mais vraiment pas un voilier pour faire du près. J’ai aussi vite compris que pour fédérer une équipe, il fallait avoir des chances de victoire. On a donc revendu le Pogo pour acheter un voilier dont on parlait beaucoup dans la presse nautique de l’époque, un JPK 9,60 m., baptisé Lucky Duck, avec lequel on a commencé à faire de la vraie régate : la NCR, le championnat de Belgique de la mer du Nord et bien d’autres. Pour m’attaquer au programme de l’IRC 3, j’ai revendu le JPK 9,60 m. pour acquérir un JPK 10,10 m. nommé Wasabi, avec lequel on fera notre première Fastnet en 2011. On a ensuite participé à toutes les courses du RORC avec Wasabi mais aussi avec un nouveau bateau que je possédais en copropriété, un LC 34, Azawakh. On a gagné le RORC Over all en 2014 et nous avons été premiers de notre classe en IRC 2 en 2015. Je ne suis pas du tout un solitaire et la voile, pour moi, n’a de sens que si j’arrive à fédérer un équipage de bons copains, tels Philippe Cook, Olivier Delval, Bernard Darimont, Pierre Rulens, Albert Pierrard, Olivier Callebaut, Laurent Van Cutsem, sans tous les citer. Arrive l’année 2019 où j’étais inscrit à la Transquadra (transat en solo ou en double pour les plus de quarante ans) avec Albert Pierrard. La première étape, qui devait partir de Lorient en juillet, fut annulée. Dans le même temps, j’avais commandé un catamaran, me rendant compte que l’âge venant, il fallait trouver un bateau performant qui soit capable de participer à des régates avec des chances de faire un podium, mais dans un certain confort. Mon choix s’est porté sur un TS 42 du chantier Marsaudon-Composites basé à Lorient. 

Après 6 mois de navigation et plus de 3000 milles parcourus avec le TS 42, quel est ton avis aujourd’hui ?

Très franchement, même si cela peut paraître naïf, je ne vois vraiment pas quel point pourrait être amélioré sur ce bateau. Il correspond à toutes mes attentes et même beaucoup plus, il est vivant, rapide, amusant à barrer, confortable. Il n’y a pas une chose que je voudrais changer. Au niveau des aménagements intérieurs, il y aurait peut-être des choses à améliorer mais, à mes yeux, c’est vraiment du détail. Le plus surprenant sur le TS 42 est la rapidité des accélérations : tu peux prendre 3 à 4 nœuds de vitesse supplémentaire en 30 secondes, c’est vraiment impressionnant.

Trouves-tu qu’il porte bien son nom, TS signifiant « très simple » ?

Le nom est marrant et lui convient très bien. Oui, les TS sont vraiment d’une grande simplicité, le niveau de confort n’est bien évidemment pas le même que sur des catamarans de type Lagoon ou Fountaine-Pajot mais, venant du monde du monocoque, ceci me semble déjà être un palace.

Quel est le plan de voilure de Banzaï ?

On a le spi de brise qui fait 135 m², qu’on porte jusqu’à 30 ou 35 nœuds, le spi max, qui est un spi de descente qui fait 185 m² et qu’on tient jusqu’à 20 nœuds. Ensuite on a un code zéro et un code 5 qui sont des voiles sur enrouleur. Suivent les voiles sur étai fixe, le tourmentin, un génois 1, un génois 2 et, bien sûr, une grand-voile.

Lors de la commande d’un TS 42 au chantier Marsaudon-Composites, est-il possible d’exiger une certaine flexibilité dans les aménagements intérieurs du bateau ?

Je pense qu’au niveau de l’implantation de la cuisine qui est à tribord et de la table à cartes à l’avant, cela ne se discute pas car c’est lié à des éléments structurels. Il y a plus d’options possibles au niveau de l’aménagement des coques. Le choix du carbone est également une vraie option, hors coque et roof. Par rapport à un bateau qui n’aurait pas de carbone, Banzaï pèse certainement une tonne de moins : 6 tonnes au lieu de 7, ce qui représente plus de 15 % de différence et on sait tous que le poids est l’ennemi de la vitesse.

Comment as-tu fait pour rendre Banzaï si performant en si peu de temps ?

J’ai eu la chance de rencontrer Gwen Chapalain sur les pontons au départ de la Fastnet 2019. Il était alors également le capitaine du TS 42 Guyader. Nous avons sympathisé et il m’a proposé de se charger du suivi du chantier de mon bateau. Toutes les réunions ont donc eu lieu avec lui au chantier Marsaudon-Composites. Un fois le bateau livré, Gwen s’est encore occupé de la prise en main, mais j’ai aussi beaucoup été aidé par le chantier lui-même, qui voulait s’assurer que nous avions bien le bateau en main avant de nous lâcher, service que le chantier offre à ses clients.

Pourquoi avoir choisi de participer à l’Arc ?

L’ARC est un rallye qui a fortement évolué depuis les premières éditions : c’étaient surtout des plaisanciers qui y participaient pour faire une transat en famille dans un esprit de croisière. Mais d’année en année sont venus quelques équipages qui avaient envie de se tirer la bourre et de faire l’ARC en course. Il y a des concurrents intéressants pour nous : cinq TS (des 42 et des 5) participent. On a donc pensé que ce serait un beau challenge pour Banzaï et son équipage. Et comme le bateau sera ensuite de l’autre côté de l’Atlantique, j’ai bien l’intention d’en profiter en commençant par une croisière en famille lors des fêtes de fin d’année, mais aussi en participant à des régates telles que la Caribbean 600 et les voiles de Saint-Barth, avant de convoyer le bateau jusqu’en Europe.

Comment as-tu fait pour composer ton équipage pour l’ARC 2020 ?

J’ai très peu de mal à trouver des équipiers. Tous ceux qui naviguent sur Banzaï sont immédiatement convaincus… Il n’empêche qu’il y a deux équipiers qui se sont fortement impliqués depuis le début : Pierre Rulens et Grégoire Hermans. On a la grande chance d’avoir Michel Kleinjans, un des meilleurs marins belges. Olivier Delval fait partie de l’équipe historique, et je n’oublie pas Philippe Pilate, excellent marin et skipper du fameux Général Tapioca. Une bien fine équipe !

Comment penses-tu pouvoir creuser l’écart avec tes concurrents lors de cette transat ?

Les régates se gagnent la nuit. La journée, tout le monde peut faire marcher un bateau, on est dans le mouvement, il fait beau, mais entre une heure et six heures du matin, on est fatigué, on a envie de se relâcher et de se reposer. C’est pourtant dans ce créneau horaire-là qu’il faut faire la différence avec ses concurrents. Je pense donc qu’il faudra barrer le plus possible et, idéalement, en permanence.

Pour conclure, je dirais encore que ce catamaran est génial : il donne des sensations de vitesse, de sécurité, de confort, il m’étonne tous les jours. Il n’y a que six mois que je l’ai.

Je ne suis donc pas un vieux routier du multicoque, c’était un monde que je ne connaissais pas mais que je découvre par la plus belle des portes d’entrée…  Encore bravo Banzaï, Vincent, Pierre, Michel, Philippe, Olivier et Grégoire !

 

 

 

Pierre-Yves Martens