Le Domani S30, Un voilier made in Antwerp, Belgium

Interview de Michael Goddaert, CO chez Domani.

Propos recueillis par Pierre-Yves Martens.

« Cette histoire commence avec la faillite de la Sabena. J’y avais fait les études pour devenir pilote de ligne. Un peu déprimé, suite à cette nouvelle qui a secoué la Belgique entière, je découvre dans le magazine Yachting World un article sur un chantier belge « Ionic-Yachts », géré par Pierre Lallemand et Gilles Vaton. J’y ai tenté ma chance et je fus recruté le lendemain comme technico-commercial. Ce n’était pas simple, car la construction des bateaux se faisait à Marseille. Le modèle avec lequel nous avons commencé était l’Ionic 39, un voilier très design et performant. Dans un second temps, on a commencé à développer l’Ionic 46, qui devait être construit en Hollande, mais le projet s’est arrêté là. Le manque de moyens financiers et une mauvaise entente entre les partenaires ont mis un point final à ce beau projet. Suite à cette première expérience, j’ai été approché par Ben Van Hool (des bus Van Hool) qui avait également un projet de chantier en Belgique, mais cette fois avec des budgets nettement plus importants. Le projet de départ était de réaliser un 40 pieds, copie améliorée du Pilote Saloon 40 de chez Wauquiez dont Ben était propriétaire. Il voulait un bateau plus performant et plus design et créa le chantier Zeydon pour y produire un 60 pieds en collaboration avec BMW Designworks, grâce au crayon de l’architecte Bosgraaf Yacht Design. Un projet gigantesque avec des budgets effrayants, qui fut arrêté net en 2008 avec l’arrivée de la crise économique. Un peu frustré par ce second échec, j’étais persuadé qu’il fallait débuter un chantier avec des unités plus petites et le développer au fur et à mesure vers une gamme élargie. 

Avant de me lancer dans ce nouveau chantier, il me fallait assurer le côté financier. J’ai donc postulé comme pilote de ligne chez Brussels Airlines, où je travaille actuellement à mi-temps comme pilote sur des Airbus. Le reste de mon temps, je le consacre au développement du chantier Domani. Le premier prototype fut un 28 pieds, comme pour Ionic ou Zeydon. L’idée de départ était de créer le voilier de mes rêves. Je ne le trouvais pas sur le marché, j’ai donc décidé de le créer moi-même…

Domani se positionne sur un marché bien particulier, un peu comme les Tofinou ou les voiliers de la gamme Saffier ou encore les Esse construits par un chantier Suisse. Notre objectif à terme est le développement de la gamme, vers des S30, S40 et S50.

La construction de la coque est réalisée en sandwich avec énormément d’infusion, ce qui favorise le poids et la solidité car on utilise très peu de résine. La philosophie du chantier est clairement le mariage entre la performance, le confort et le « life style », le tout dans un design haut de gamme. Le Domani S 30 est avant tout un Dayboat à bord duquel on peut passer quelques nuits avec un confort limité, mais avec un niveau de performance élevé. Le bateau est donc très toilé, avec une grand-voile à corne et un mât en carbone (option). Les manœuvres peuvent se faire pour la plupart simplement à la main, sans winch. Il est performant à toutes les allures, mais il excelle au près avec ses virements de bord rapides. Aux allures de portant, un bout- dehors fixe permet d’envoyer un gennaker ou un code zéro de près de 60 mètres carrés. 

Les coques et les ponts sont produits dans un chantier de qualité en Hollande, qui dispose de tous les moules du S 30. Nous réalisons ensuite un contrôle de qualité avant de transporter les coques terminées en Belgique dans la région d’Anvers, où nous assurons la finition, c’est à dire la pose de l’accastillage, des hublots, des passe-coque, de l’électronique…

L’ambition au niveau motorisation est d’utiliser un moteur électrique de type Torqeedo 2.0kw équipé d’un saildrive, assurant une autonomie d’environ 6 heures à une vitesse moyenne de 4 nœuds. La puissance est comparable à celle d’un moteur diesel de 9 CV, que nous pouvons également placer si le client le désire. Au niveau de la sécurité, le moteur électrique a un avantage important, car la puissance du moteur est disponible immédiatement : il suffit de manier la manette des gaz pour se sortir de n’importe quelle situation délicate. Autre gros avantage : aucune maintenance n’est nécessaire, même en hiver.

Lors du dernier salon de Düsseldorf, on a pu clairement cibler la clientèle. Il s’agit de personnes disposant de moyens importants, fort occupés professionnellement et souvent propriétaires d’une maison près d’un plan d’eau ou d’un lac. Ils ont peu de congés et veulent donc pouvoir profiter vite et bien de leur bateau, avec le moins de soucis possible. Il nous faut donc offrir un service après vente parfait. 

Le S 30 est transportable, avec son poids de 2500 kilos. C’est donc faisable avec une bonne jeep, mais cela reste néanmoins assez délicat. Nous offrons donc ce service si nécessaire.

Notre objectif est de vendre 5 unités en 2018, avec une livraison au plus tard à la fin du mois d’août. L’ambition finale est de produire entre 10 et 15 bateaux en 2019. On fait peu de publicité, car si demain on nous en commandait dix, on aurait un vrai problème : on ne pourrait pas livrer…

En conclusion, et je l’ai vu chez Ionic comme chez Zeydon, il faut gagner au plus vite la confiance pour réussir un tel challenge ».

Galop d’essai sur le Grevelingenmeer au départ de Bruinisse.

Malgré une météo très peu engageante, nous décidons de faire une petite sortie pour tester le S 30 sur l’eau. Il fait froid, gris et le vent souffle du nord-est avec des rafales à 20 nœuds. On est à la mi-mars et c’est la première sortie de la saison pour ce tout nouveau S 30. Les voiles sont neuves. Je suis fort impressionné par le moteur électrique, puissant et silencieux, juste parfait pour nous sortir de la marina avant de hisser cette belle grand-voile à corne et de dérouler le génois, un peu trop grand, ce qui ne nous permettra pas de le border à plat lors de nos premiers bords de près. Malgré ce petit défaut, le S 30 démarre au quart de tour et son côté sportif est réellement au rendez-vous. Le bateau est très gîté, nous tirons des bords serrés pour respecter l’alignement des bouées et éviter un échouage. Au près, le S 30 affiche un bon 7 nœuds, la barre franche reste très douce mais le bateau est vraiment fort gîtard. N’étant pas équipé de filières, il faut bien se caler et éviter les manœuvres de pont à cette allure. Le cockpit est large mais peu profond, avec une très grande plage arrière. Au débridé, le S 30 nous démontre tout son potentiel : la vitesse frôle les dix nœuds, le bateau navigue à plat en toute sécurité, l’allure est parfaite pour gréer un gennaker sur le bout-dehors, mais le temps nous manque et le vent ne cesse de forcir. Nous préférons rentrer au port pour éviter la casse.

Ce fut donc court mais bon. Le S 30 est un voilier qui a du caractère, il est racé, rapide et performant, mais également très sportif, assez comparable au J 80. Par petit temps, il doit également être très rapide et facile d’utilisation, même pour un équipage peu expérimenté. Par gros temps, c’est autre chose… Il n’empêche que c’est un bateau idéal pour des plans d’eau intérieurs comme il y en a beaucoup en Hollande, ou sur de grands lacs. En plus, il est transportable. Michael Goddaert est ambitieux mais il a raison de croire au succès que son chantier pourrait rencontrer en développant une gamme complète de Domani, made in Belgium. 

Fiche technique

Longueur hors tout : 9 M
Longueur de coque : 8.40 M
Longueur de flottaison : 7.90 M
Largeur : 2.46 M
Tirant d’eau : 1.90 M
Tirant d’eau fiable : 1.20 M
Poids : 1700 Kg
Lest : 600 Kg
Grand-voile : 25 m²-28 m²
Génois : 16 m²
Gennaker/Code 0 : 59 m²/34 m²
Propulsion : Torqeedo Cruise 24V e-saildrive
Architecte : Bosgraaf Yacht Design
Design : Domani
Prix standard hors options : 79.400 euros HTVA
Info : www.domani.today ou info@domaniyachts.com

Pierre-Yves Martens