Les Belges dans l’ARC 2017 !

ARC 2017

Ruée vers Sainte-Lucie !

Une traversée de l’Atlantique n’est pas une mince affaire. Certains se lancent seuls, mais beaucoup préfèrent partir avec la 32ème édition de l’ »ARC », l’incontournable rallye. Cette année encore, malgré des conditions météo un peu particulières, plus de 220 voiliers ont traversé l’océan en toute sécurité, encadrés par une organisation rodée et souriante. Parmi eux, quelques Belges …

Pour cette 32ème édition, la recette à succès du World Cruising Club emmènera plus de 220 équipages à Sainte-Lucie au départ de Las Palmas de Gran Canaria. Deux départs seront donnés. Un premier groupe fera escale au Cap-Vert mais la plus grande partie des voiliers navigueront d’une traite vers les Caraïbes.

Plusieurs semaines avant le départ, les équipages arrivent et remplissent la marina du Muelle Deportivo de Las Palmas. Une aubaine pour cette île touristique. Les retombées économiques sont importantes et motivent les autorités locales à apporter un soutien inconditionnel à ce rallye, devenu une référence dans la plaisance mondiale. Les skippers et leurs équipiers envahissent les shipchandlers locaux pour acheter les équipements exigés par la check-list de sécurité, dûment vérifiée par les « t-shirt jaunes » (chaque membre de l’organisation en porte un : leur identification est aisée). A quelques jours du départ, l’approvisionnement est embarqué et les supermarchés locaux chouchoutent cette manne de clients en livrant les victuailles à bord gratuitement.

En parallèle à ces préparatifs, il ne se passe pas un soir sans qu’un cocktail, une conférence, un barbecue ne soient organisés pour favoriser la mise en contact de toute cette joyeuse communauté de marins, aguerris ou parfois très novices. Le World Cruising Club veille à ce que tout se déroule au mieux dans une très grande convivialité, avec un sérieux très « british ». Ce cadre mêlant sécurité et amusement est la marque de fabrique de l’organisation et est fort apprécié par les participants.

Dans cette fourmilière passionnée, on retrouve cinq voiliers battant pavillon belge. Chacun a son histoire et le projet de réussir la traversée.

Carioca, un des petits voiliers de la flotte (Océanis 373), prend le départ pour une traversée estimée à 21 jours (au-delà, le skipper annonce qu’il faudra rationner). Ce projet est une première longue navigation pour les trois équipiers souhaitant chacun traverser l’océan tant que leur santé le permet … Aucun objectif sportif n’est fixé : le plaisir prime…

Arruno (Dufour 500) place l’ARC comme une étape dans un projet pluriannuel de grand tour de l’Atlantique en famille. Après la douceur des alizés et la chaleur des Antilles, l’objectif est de remonter les côtes américaines pour aller goûter le grand froid du nord (Canada, Groenland, Islande et retour via la Norvège). Le record étant de 8 jours, Arruno embarque aussi des provisions pour 21 jours : prévoyance dans la sérénité…

Alice (Centurion 57) regroupe une bande de copains dont certains n’ont que très peu d’expérience de la voile. L’amitié et l’ambiance à bord encouragent le dépassement de soi. Le bateau restera ensuite quelques mois aux Antilles pour faire du charter et reviendra en Europe probablement avec le retour de l’ARC en avril/mai 2018. 

 

 

Wink (CNB76) est le plus grand voilier de la flotte belge. Le propriétaire, Stéphane Orban, caressait ce rêve de traversée depuis de longues années. Cinq personnes à bord, dont le skipper Grégory Come, qui ont bien l’intention de profiter de quelques belles croisières dans l’arc antillais après leur arrivée à St Lucie. 

Surya (Oyster 575) Cinq hommes à bord, se dénommant ‘Family & Friends ». Ils sont tous propriétaires d’un voilier basé au Portugal, mais c’est sur ce tout nouveau Oyster 575 appartenant à Jac Janssens qu’ils se lancent dans cette édition. Jac en est déjà à sa troisième participation. Il leur aura fallu 19 jours pour traverser, en faisant escale aux îles du Cap Vert, question d’attendre le vent et de faire le plein. Après le Cap Vert, que du bonheur : un vent permanent de 15 à 20 nœuds, orienté à 160 degrés de la route, les propulse, voiles en papillon, à plus de 7 nœuds de moyenne jusqu’à l’arrivée, en ne devant plus utiliser le moteur.

On retrouve encore quelques équipiers belges répartis sur d’autres voiliers, en majorité anglais. Au détour d’un ponton, on croise aussi de futurs participants belges venus soutenir des amis ou glaner des informations pour un départ en 2018… Le succès ne diminue pas et les inscriptions sont déjà ouvertes pour la prochaine édition.

Avec un départ donné dans la pétole et une houle résiduelle, le dimanche 19 novembre vers 13 heures, les équipages ont eu le temps de se ré-amariner après plus de 15 jours festifs aux Canaries. Cette édition 2017 n’a pas été classique d’un point de vue météorologique. En effet, une dépression assez creuse est passée au nord des îles espagnoles le lendemain du départ et une petite sœur l’a suivie de près pour augmenter le casse-tête du routeur pendant la première semaine. Alors que chacun s’attendait à une navigation paisible dans un alizé portant établi, il a fallu faire des choix stratégiques et de confort dès le premier soir de la traversée. Certains ont mis le cap très au sud pour éviter les vents forts et contraires, mais se sont rapidement retrouvés dans une bulle sans vent. Les 21 jours de provisions étaient un bon choix … D’autres, en minorité, plus téméraires et cherchant la performance sportive plus que la croisière, n’ont pas hésité à tenter la route directe, quitte à devoir affronter la mer au près, dans des vents jusqu’à 40 nœuds. La situation météo s’est régularisée ensuite pour permettre à l’ensemble de la flotte (un seul souci de démâtage sur plus de 200 voiliers) de rejoindre Sainte-Lucie et d’y déguster un rhum bien mérité.

Le mot d’Andrew Bishop, l’organisateur : pas de record de vitesse pour cette édition 2017 ! 

« Cette édition fut marquée par une grosse dépression dans les premiers jours. Elle rendit la vie très difficile, avec des vents nettement plus forts que prévu et une grosse mer pour ceux qui avaient choisi l’option Nord. Il s’agit toujours d’une minorité de la flotte qui opte pour cette route, mais cette fois-ci, elle fut sévèrement touchée, avec des vents contraires de plus de 40 nœuds. De plus, après le passage de cette dépression, ils se sont retrouvés dans une bulle sans vent. La route traditionnelle, celle qui coupe au plus court, n’était pas favorable cette année, avec des vents très légers. D’où la tendance générale de descendre dans le sud pour tenter d’accrocher les alizées au plus vite. Beaucoup de voiliers ont d’ailleurs fait escale au Cap Vert dans le but d’attendre des vents meilleurs, de refaire le plein de gasoil et de visiter l’archipel. Une fois le vent revenu, la flotte a entamé la traversée de l’Atlantique dans un régime de vents plus faibles que d’habitude. Pas de record de vitesse battu pour cette édition 2017 !

Les problèmes techniques rencontrés cette année furent essentiellement liés à des soucis d’énergie et de rechargement des batteries. Un voilier a démâté à 400 milles de l’arrivée. Quelques problèmes médicaux furent rapidement résolus grâce à la solidarité de tous les participants. Dix bateaux ont abandonné lors de cette édition, ce qui est plus que d’habitude : généralement on tourne autour de 5 % d’abandons.

Une bonne préparation est la recette essentielle pour réussir une transat telle que l’ARC. Nous offrons à tous les skippers des ouvrages techniques et théoriques qui reprennent point par point les règles de base pour anticiper ce qui peut arriver. De plus, nous sommes très sévères, surtout au niveau de la sécurité lors des inspections que nos équipes réalisent sur tous les bateaux avant le départ de Las Palmas. Certains chantiers tels Hallbert-Rassy, Oyster, Bénéteau, Lagoon envoient même leurs équipes techniques pour assister et conseiller les bateaux de leur marque. La nationalité la mieux représentée reste celle des Anglais. Ils sont suivis de près par les Allemands, les Français, les Suédois, les Danois et les Belges…

Nous avons atteint, avec l’Arc et l’Arc+, la capacité maximum du nombre de bateaux à encadrer pour traverser l’Atlantique dans un rallye tel que le nôtre. L’Arc est devenu très populaire, à tel point que plus de cinquante bateaux ayant participé à cette édition continuent l’aventure dans le « World ARC », dont le départ sera donné simultanément de Ste Lucie et d’Australie ».

 

Michael Delatte, Pierre-Yves Martens