Cyclone Irma, un an après, retour à Saint Martin…

Un an après le cyclone Irma, retour à Saint-Martin !

Souvenez-vous : c’est dans la nuit du 5 au 6 septembre 2017 que l’un des plus violents ouragans jamais enregistré dans l’Atlantique Nord s’abattait sur les îles de Saint-Martin, de Saint-Barth, d’Anguilla… avec des vents à près de 290km/h de moyenne et des rafales atteignant 360 km/h. Du jour au lendemain, la très touristique Saint-Martin se retrouva coupée du monde. Irma avait détruit l’économie de l’île et mis ses habitants à genoux.

Un bilan très lourd

La tempête, qui atteint l’île par le nord-est, mesure, à pleine puissance, la taille de la France. Sur les côtes, des vagues de 10 à 12 mètres s’abattent sur les hôtels et les résidences bâties les pieds dans le sable. Les quais sont emportés, les cocotiers plient, puis rompent en se transformant en béliers, fissurant les murs jusqu’à les éventrer. L’eau envahit les villes et les voitures partent à la dérive. Plus encore que les vents, ce sont les matériaux charriés qui sont dangereux : les arbres et les tôles arrachés, qui deviennent projectiles, font exploser murs et toits sous leurs coups de boutoir. Au matin du 6 septembre, le bilan est catastrophique, dans un décor d’apocalypse  : 11 morts, 95 % des édifices endommagés, 1200 voiliers et yachts coulés, échoués ou broyés, 18 des 21 établissements scolaires de l’île inutilisables, 8 des 11 pharmacies détruites. La végétation est presque totalement défoliée.  Les dégâts, estimés dans un premier temps à 1,2 milliard d’euros pour les îles françaises, Saint-Barth incluse, ont été réévalués à plus de 3 milliards, soit la bagatelle de 65.000 euros par habitant. 

Près d’un an après, où en est l’île de Saint-Martin ?

La société de charter Sun Sails/Moorings, en collaboration avec Metimer, l’association des professionnels de la mer de Saint-Martin, nous a conviés, avec quelques autres journalistes de la presse nautique francophone, à nous rendre compte sur place de la situation réelle et de l’état de reconstruction de l’île. Avant Irma, la base Sun Sails/Moorings était située à Oyster Pond. En attendant le rétablissement de celle-ci, c’est dans la partie française de l’île, à Marigot Bay, qu’elle est active actuellement avec plus de 20 catamarans proposés à la location. Nous naviguerons de pair, à bord de deux catamarans de 40 et 45 pieds, dans une zone de navigation paradisiaque entre les îles de Saint-Martin, d’Anguilla et de Saint-Barth. Notre objectif était également de rencontrer les élus et les responsables dans le but de mieux comprendre le défi immense qu’ils sont occupés à relever. Bulent Gulay, président de Metimer, nous révèle déjà les nombreux défis posés par le passage d’Irma au niveau des épaves : « La situation qui a suivi le cyclone a fait surgir de nombreux problèmes. D’abord les bateaux abandonnés, dont personne ne prend en charge les frais de renflouement ou de destruction. Ceux-ci s’élèvent à une vingtaine de milliers d’euros pour un monocoque et c’est presque le double pour un catamaran. Ensuite, le stockage des épaves à terre s’est révélé être un casse-tête. Comme, bien évidemment, la question de la destruction, pour laquelle aucune véritable filière n’existe, ni sur l’île, ni sur le continent. Nous sommes en train de mettre en place un système qui permet de valoriser les matières premières après démolition. Les flocons de fibres peuvent par exemple être utilisés à la place du gravier pour faire du béton. Nous soutenons aussi un projet qui vise à renflouer les épaves et à les déconstruire directement à bord. Des projets prometteurs, mais qui demandent beaucoup de temps et de moyens financiers… «  

Les élus et hauts responsables, quant à eux, mettent le doigt sur de gros soucis administratifs entre les deux états qui se partagent l’île, le DOM français de Saint-Martin d’un côté, et le territoire autonome de Sint Maarten de l’autre. Normes européennes, loi sur les marchés publics, droit du travail sont autant d’éléments qui génèrent des inerties très dommageables à la reconstruction de l’île. Oyster Pound, une marina dévastée située pile sur la frontière, fait surtout les frais de cette situation. Des tonnes de déchets ont par exemple été ramassées du côté néerlandais par une association, puis déposées du côté français, sans que personne n’assure la suite du traitement. A l’Anse Marcel, les entreprises qui disposent des équipements adaptés ne sont pas autorisées à intervenir sur le territoire français pour des raisons d’accès aux marchés publics. Résultat : seul un ponton est utilisable et les employés, désespérés, ne savent pas quand ni comment le site sera remis en état.

Le traumatisme reste palpable dans toutes les conversations avec les locaux. Les deux principales agglomérations françaises, Marigot et Grande-Case, jadis très animées, ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, mais la vie y reprend ses droits. Les habitants ont réalisé, dans l’adversité, un travail remarquable, rendant au littoral tout le charme d’avant le cyclone. En moins d’un an, Saint-Martin a réussi à redevenir une destination de rêve pour les amateurs de nautisme. L’aéroport en reconstruction est à nouveau opérationnel,  avec des vols directs et réguliers à partir de Paris et d’Amsterdam. 

L’île se trouve à la croisée de destinations de rêve, telles Anguilla et Saint-Barth au départ de Marigot. De superbes mouillages sont à votre portée : Frias Bay, ou l’anse Heureuse. Grande Case, réputée comme escale gastronomique, mérite un arrêt pour déguster une grillade dans les fameux lolos. Après, c’est l’appel du large : une navigation vers Saint-Barth qui se fait généralement par le nord-est, avec une escale à ne pas rater à Tintamarre (où des vestiges du terrain d’aviation utilisé après-guerre par une petite compagnie qui y faisait des transports illicites sont à découvrir). Ensuite, c’est sur un bord de près que vous rallierez le port de Gustavia à Saint-Barth, un passage obligé pour les formalités douanières. N’y restez pas en raison du roulis, allez plutôt mouiller à l’anse Colombier, à moins de deux milles au nord, un mouillage de toute beauté. Grâce à son statut particulier, Saint-Barth a pu prendre en charge très rapidement les travaux qui lui ont permis de retrouver de sa splendeur, à tel point que lors de la visite d’Emmanuel Macron en octobre 2018, le élus lui ont répondu qu’une aide supplémentaire de la France n’était pas nécessaire. Le président aura passé moins de deux heures à Saint-Barth. Il faut admettre que le contraste est énorme entre les deux îles. A Saint-Barth, Irma n’est plus qu’un lointain et mauvais souvenir, une solidarité exceptionnelle est née entre les habitants après le cyclone, tous ont travaillé d’arrache-pied pour rendre à Saint-Barth toute sa beauté et il est parfois difficile de croire que cette île fut anéantie, il y a à peine un an.

Sur votre retour vers Saint-Martin qui se fera au portant, prenez le temps de faire encore une escale à Anguilla, à moins de trois heures de navigation de Saint-Barth. Commencez par Sandy Ground, escale obligée pour les autorisations administratives et voguez ensuite vers Crocus Bay, Dog Island ou encore la plage mythique de Sandy Island : ces lieux sont tous des spots exceptionnels pour se baigner ou snorkeler. Le retour vers Marigot (environ 5 heures de navigation) peut se faire par l’est ou par l’ouest selon les conditions. 

En guise de conclusion, une petite histoire qui m’a bien fait rire, et qui serait à l’origine du partage de Saint-Martin entre la France et la Hollande. Elle raconte que deux coureurs à pied, l’un Français, l’autre Hollandais, s’élancèrent chacun de leur côté afin de parcourir la plus grande distance en longeant le littoral. Le coureur français, ayant effectué une distance plus longue, permit à la France d’obtenir une surface représentant plus des deux tiers de l’île. La légende raconte que le coureur français ayant consommé « juste un peu de vin rouge » se permit de prendre quelques raccourcis, en coupant par les terres, expliquant ainsi sa performance remarquable, à moins que ce soit le Hollandais qui se soit endormi sous l’effet du gin…  Autre particularité : Saint-Martin est la plus petite île au monde à être partagée entre deux pays.

 

Info : www.adhocsailing.be, www.iledesaintmartin.org