Martin Callebaut dans la Mini Transat 2017

Le premier octobre prochain, à La Rochelle, Martin Callebaut s’élancera pour une traversée en solitaire sur un petit voilier de 6,50 mètres de long. En course, avec près de 80 concurrents, il participera à la prochaine édition de la Mini-transat : pas de moteur, pas de moyens de communication avec la terre, pas d’internet ni même de téléphone. Une traversée de plus de 4.000 milles avec une escale aux Canaries et une arrivée au Marin en Martinique à la mi-novembre.

Pourtant, les chemins de la vie ne destinaient pas Martin à cette aventure ni à son haut niveau de préparation technique et sportive. Commercial dans le secteur bancaire puis consultant en marketing : cela faisait plus de 10 ans qu’il effectuait un parcours professionnel rectiligne. Mais, dans le rose de cette réussite, la phrase de Mark Twain lui revenait en tête de plus en plus souvent, comme un leitmotiv : “Dans 20 ans, vous serez plus déçu par les choses que vous n’avez pas faites que par celles que vous avez faites. » Le navigateur belge avait cette passion de la mer qui chantait en lui depuis un stage aux Glénan il y a plus de 20 ans : “C’était comme un appel.” explique-t-il. “Fin 2015, j’ai pris la décision de faire la Mini-transat”. Mais le Bruxellois n’avait plus participé à une régate depuis la Breskens Week en… 1999. “Je n’avais jamais navigué au large, jamais navigué en solitaire. Il a fallu s’entraîner et apprendre à naviguer sur le plus petit bateau de course au monde”.

Il contacte alors Jonas Gerckens, un autre Belge, skipper professionnel avec un très beau palmarès dans la classe Mini 6.50 : “Jonas m’a conseillé quant au choix d’un bateau ». Il suffira de deux allers/retours en Bretagne à Martin pour acheter son bateau, le n° 721, baptisé ExtaSea.be, avec lequel il effectuera ses premières navigations en compagnie de Jonas. Martin n’achète pas un bateau pour gagner : “Je n’en ai pas les moyens et puis j’ai des compétences à acquérir. Tu n’achètes pas une Ferrari quand tu n’as pas encore le permis. Mon objectif est de réaliser le parcours initiatique de 2 années jusqu’en Martinique.” Pour y arriver, un seul moyen : faire les choses à fond et se consacrer à 100% au projet. Il renonce à sa vie bruxelloise, rangée, sans imprévus ni mauvaises surprises. Il la remplace par le travail sur l’eau, le dépassement de soi, la souffrance physique et mentale et la prise de risque. Ce n’est pas rien d’enchaîner les jours et les nuits en dormant très peu “en 24 heures, par tranches de 15 minutes maximum”, en multipliant les manoeuvres, en étant secoué comme un prunier, avec l’inquiétude à gérer quand le vent monte en puissance.

Depuis deux ans, il fait toutes les courses du circuit Mini 6.50 pour sa qualification. Il explique : “La qualification, c’est un cap à passer”. C’est un circuit de 1.000 milles à effectuer en solitaire, de l’île de Ré au phare de Conninberg, en Irlande, aller et retour, en passant par la pointe de la Bretagne et, bien entendu, sans escale. “Ce n’est pas une partie de plaisir” précise Martin, “tu as le temps de réfléchir à ton choix, il y a forcément des moments de doute, mais quand tu arrives à boucler ça, quand tu passes 9 jours en haute mer et que tu reviens à terre, tu te sens un autre homme, la vie a alors beaucoup plus de goût, une saveur décuplée, et tu remercies Mark Twain”.

Arrive ensuite le test des Açores. Martin est qualifié pour la course Les Sables – Les Açores – Les Sables, un aller/retour vers l’archipel perdu au milieu de l’Atlantique. Deux étapes de 1.250 milles dont il livre les aventures dans un petit récit à paraître.

“Une montagne de mer devant l’étrave… Je partais la boule au ventre. Au retour j’avais l’impression d’avoir réalisé quelque chose de fort, j’étais fier d’avoir réussi”.

Martin s’installe en Bretagne et participe aux entraînements organisés par le pôle de course au large « Lorient Grand Large ». Sous la houlette du coach Tanguy Leglatin, il navigue et navigue encore autour de l’île de Groix, par tous les temps, avec un petit groupe qui prépare la Mini-transat. Entre les sorties en mer, il faut préparer, améliorer, réparer parfois la monture.

Et puis, après la course aux milles, il y a la course aux sponsors. Au printemps, la saison des courses revient. La Lorient Bretagne-Sud Mini en avril, puis la Mini en Mai et le Trophée Marie-Agnès Péron à Douarnenez en juin. “Il me reste à participer à la Transgascogne fin juillet et à trouver 20.000 € pour boucler le budget : il me faut des nouvelles voiles de portant (les miennes datent encore du précédent propriétaire). Et à financer la logistique et l’intendance d’une aventure qui dure deux mois, d’un bout à l’autre de l’Atlantique. Ma famille et mes amis m’ont soutenu, ce qui m’a permis de financer le projet”. En plus des 40.000 € déboursés pour l’achat du bateau, 70.000 seront indispensables pour les frais de fonctionnement sur deux ans.

Et après ? “Je reste fixé sur mon objectif : terminer cette Mini-transat. La course au large reste un sport mécanique et tout peut arriver, il faut en être conscient, ce n’est pas un parcours de santé. Si je devais échouer, une chose est sûre : je repars pour deux années. Je ne compte renoncer à aucun moment”. Et le regard de Martin en dit long sur sa détermination. Le bleu de ses yeux rejoint déjà celui des lagons qui l’attendent là-bas, au bout des vagues de l’Océan. Ses mains devenues calleuses refont déjà les mouvements sur les drisses, sur les écoutes. Martin s’en va, il est déjà parti… Rendez-vous à la Rochelle le premier octobre prochain.

Plus d’infos sur www.extasea.be

Partenaires du projet : People-first.be, Tl-hub.be, Adneom.com, Pba-b.be, Tero-restaurant.com et les crowdfunders.

La Mini-transat en chiffres :

21ème édition

84 concurrents

2 étapes

30 jours de course en moyenne

4.050 milles à parcourir pour traverser l’Atlantique

2.000 milles pour se qualifier

1 Gps non cartographié

15 nationalités

1 Belge

6 heures de sommeil maximum par 24 h.

800 kg : le poids du bateau

80 m² : la surface du spi

6 m 50 : la longueur de la coque

www.minitransat.fr